Je ne pensais pas vous parler d’humour aujourd’hui.
Mais j’ai eu l’idée après être tombé sur un prank “poisson d’avril” publié mardi dernier sur LinkedIn par Claude Pinard, PDG du Centraide du Grand Montréal.
Dans son post, Claude Pinard annonce la création d’un (faux) parti politique et du (faux) programme qui vient avec :
« Notre programme audacieux comprend l’installation de pistes cyclables sur les toits pour éviter les cônes orange, la transformation du Stade olympique en une immense serre urbaine et la distribution gratuite de poutine tous les vendredis. »
Son post a réussi à m’accrocher un sourire. Il utilise plusieurs techniques humoristiques qui peuvent aussi vous servir dans la rédaction de votre contenu.
Plusieurs OBNL et fondations avec lesquelles je travaille veulent employer l’humour dans leurs textes, mais elles :
→ Ont l’impression que l’humour se limite à raconter des blagues ou à vouloir faire rire à pleines dents (alors qu’un simple sourire suffit)
→ Ne voient pas trop comment employer l’humour sans que ça ait l’air forcé au-delà de contextes particuliers comme le poisson d’avril
→ Se demandent si l’humour est un « bon fit » avec la cause sociale qu’elles défendent (après tout, les causes, c’est du « sérieux », non?)
Je vous partage 4 techniques pour injecter de l’humour dans vos textes que vous pouvez utiliser à longueur d’année (avec quelques mises en garde pour éviter que les sourires se transforment en pleurs) :
Technique #1 : Révèlez l’absurdité d’une expérience largement partagée par votre audience (souvent sur un ton ironique)
J’ai rédigé en 2022 la page d’accueil d’une organisation qui s’appelle Neo Collège.
Si jamais vous ne les connaissez pas, ça vaut la peine. J’ai eu un coup de coeur pour leur équipe et pour leur mission :
Neo Collège développe des activités gratuites en ligne pour les ados sur toutes sortes de sujets qu’on n’aborde pas à l’école.
J’avais pour mandat de :
→ Clarifier ce que Neo Collège offrait et ce que ça apportait aux jeunes
→ Différencier Neo Collège par rapport à d’autres offres sur « le marché »
→ Adopter une voix de marque qui résonne davantage avec les jeunes : plus amicale avec une touche humoristique
Je vous mets un extrait :
« Tu en as pas mal à gérer. La job qui s’ajoute aux études, le portefeuille qui se vide un peu trop vite, les relations qui sont plus compliquées que tu le voudrais…
Ça fait beaucoup. Surtout qu’on n’a pas toujours les outils pour savoir comment y faire face.
Ça ressemblerait à quoi si l’école nous enseignait plus de trucs pour nous préparer à la « vraie vie »?
Parce qu’on va se le dire. Il y a peu de chance que tu te retrouves à disséquer un œil de bœuf dans ta vie de tous les jours. »
Je reprends ici une expérience bien connue par les jeunes du secondaire (celle de disséquer un oeil de boeuf) pour révéler l’absurdité de ce genre d’exercice.
Pourquoi ça marche? Parce qu’elle résonne avec l’audience à laquelle s’adresse Neo Collège. Et parce qu’elle contribue à renforcer la promesse de Neo Collège, soit celle d’apprendre des trucs utiles dans leur quotidien.
Mise en garde : L’ironie est risquée si la personne qui vous lit n’est pas certaine que c’est ironique. Dans ce cas-ci, on comprend bien mon ironie sans aucun doute.
Technique #2 : Exagèrez votre propos à l’extrême
Je débute la page d’accueil de Neo Collège avec une promesse :
« On te dévoile tout ce qu’on ne te dit pas à l’école »
Et après je poursuis avec des exemples pour rendre ça concret :
« Genre comment te trouver un appart sans y laisser ta peau, améliorer tes relations ou gérer tes finances avec (presque) autant de skills qu’un.e comptable agréé.e. »
Ici, j’exagère la promesse à l’extrême. Les jeunes qui me lisent savent qu’on ne fera pas d’eux/elles des comptables agréé.e.s en quelques heures d’activités gratuites.
Mais l’exagération crée un effet comique. Juste assez pour les faire sourire. On s’entend : le but n’est pas de les faire rire aux éclats comme dans un show d’humour.
Le sourire suffit pour créer une connexion. Et c’est ce qu’on recherche.
Pourquoi ça marche? Parce que la promesse est suffisamment poussée à l’extrême pour qu’on comprenne l’effet comique et parce que les jeunes ne viennent pas à Neo Collège pour devenir comptables (donc je ne crée aucune déception chez les jeunes qui nous lisent).
Mise en garde : Exagérer la promesse qu’on fait aux personnes qu’on sert est un jeu risqué parce qu’on ne veut pas perdre en crédibilité. Vu que j’étais conscient de ce risque, j’ai nuancé la promesse avec le mot « presque » entre parenthèses (« gérer tes finances avec (presque) autant de skills qu’un.e comptable agréé.e. »)
Technique #3 : Pratiquez l’autodérision
Je ne recommande en aucun cas de rire des autres (parodie, etc.), et encore moins de groupes marginalisés.
Mais pour ce qui est de rire de vous-même ou de l’organisation pour laquelle vous travaillez, ça peut passer.
Je vous montre un extrait de ce que j’ai écrit, toujours pour la page d’accueil de Neo Collège :
« Tu trouveras tout au même endroit. Même pas besoin de faire une recherche durant des heures sur Google. Ou de te taper la lecture de 10 articles qui se contredisent les uns les autres. Ça, c’est notre trip à nous (on est weird de même!) »
Pourquoi ça marche? Parce qu’on rit d’un attribut qui n’a rien de trop « compromettant ». Rien qui remet en question l’expertise de l’équipe ou la valeur qu’elle apporte. Au contraire. On est en train de leur dire que l’équipe de Neo Collège aime ce qu’elle fait.
Mise en garde : Comme bien des choses, mieux vaut doser. Vous ne voulez pas rire de vous-même à chaque 2 lignes. À l’excès, ça peut briser la relation de confiance de votre clientèle ou de vos donateurs.trices.
Technique #4 : Brise un « pattern » avec un élément inattendu
Reprenons le passage mentionné plus haut. Celui-là plus exactement :
« Tu en as pas mal à gérer. La job qui s’ajoute aux études, le portefeuille qui se vide un peu trop vite, les relations qui sont plus compliquées que tu le voudrais… »
Comme vous pouvez voir, rien de comique là-dedans.
Mais si j’avais voulu ajouter une touche humoristique ici, j’aurais pu dire :
« Tu en as pas mal à gérer. La job qui s’ajoute aux études, le portefeuille qui se vide un peu trop vite et tes photos Instagram qui passent du jour au lendemain d’un format carré à rectangulaire. »
Pourquoi ça marche? Parce que je commence par énumérer des trucs importants (job, études, finances) et je termine par un truc futile tout de même bien connu par les jeunes : le format des photos sur Instagram. Ce dernier élément de la série vient briser un « pattern » et crée un effet de surprise plutôt comique.
Mise en garde : Il n’y a pas vraiment de risque en soi dans l’idée de briser un « pattern » avec un élément inattendu. Mais dans ce cas-ci, j’ai décidé de ne pas adopter cette technique parce que les activités proposées par Neo Collège abordent des sujets importants qui ont un réel impact sur le quotidien des jeunes. Et je ne voulais pas risquer de les associer à un truc futile comme Instagram simplement pour décrocher un sourire. Autrement dit, j’avais dans ce cas-ci plus à perdre qu’à gagner.
Il y a plusieurs autres techniques pour ajouter de l’humour dans vos textes comme les jeux de mots en copywriting.
Peu importe la technique que vous utilisez, assurez-vous de :
- Ne pas rire des autres en aucun cas
- Ne pas adopter un ton incohérent avec votre voix de marque
- Ne pas forcer l’humour au prix de la clarté ou de votre crédibilité
Vous pouvez persuader une personne à faire une action X (acheter, donner, etc.) sans avoir recours à l’humour. Ne vous sentez pas obligé.e.s de l’utiliser juste parce que d’autres le font. L’humour c’est juste un petit bonus pour créer une connexion avec votre audience en décrochant un sourire. Rien de plus.
Et dans certains cas, l’humour n’est tout simplement pas approprié selon le contexte, les personnes à qui vous vous adressez ou la cause que vous portez.
Pour certaines causes plus sensibles, je dirais même que l’humour est à proscrire comme les enfants malades ou la violence conjugale.
Dans ces cas-là, mieux vaut se concentrer sur d’autres techniques de copywriting pour que le monde soutienne votre cause.
Publié le 10 avril 2025 – Par Charles Saliba-Couture (Les mots pour la cause)






